Allaiter est une chance qui est accordé à peu d’entre nous, Je parle de chance car lorsque l’on prend la décision d’allaiter, on ne réalise pas toujours que pour la plupart d’entre nous, le parcours sera semé d’embuche. Il y a des mamans qui dès le départ ne souhaitent pas le faire, chacun est libre de faire comme il veut. Bien souvent les mamans qui souhaitent le faire abandonnent car la mise en place de l’allaitement peut être douloureux, difficile et vraiment fatiguant.
Le jour de la naissance de votre bébé, les sages-femmes prendront son poids, sa taille et mesureront son périmètre crânien. Ce sont les repères qui serviront à vérifier sa courbe de croissance (la référence lors de vos futurs visites mensuels chez le pédiatre pour savoir si bébé est en bonne santé). Pendant le séjour à la maternité, bébé sera quotidiennement pesé, car il faut qu’il grossisse pour que le médecin vous autorise à rentrer chez vous avec votre petit amour. C’est à partir de là que l’on commence inconsciemment à se mettre la pression. D’ailleurs si bébé ne grossi pas rapidement, on vous suggèrera fortement des compléments au lait maternisé pour l’aider à reprendre du poids.
On pense être immunisé contre la douleur après l’accouchement… on oubli qu’on est exténuée, que notre corps est courbaturé comme si on venait de faire 8 rounds contre une championne de MMA et que la chute d’hormone fini de nous achever en nous mettant le moral à zéro.
Pour ma première, j’ai commencé à avoir des crevasses une semaine après l’accouchement. Pendant environ 3 semaines, à chaque tétée je serrais les dents en me promettant que c’était la dernière fois que j’essayai de la mettre au sein. Pour mon deuxième j’étais mieux préparé et j’ai pris la lanoline et la crème castor equi (que je conseille vivement à toutes les mamans qui souhaitent allaiter d’utiliser cette crème dès le jour de l’accouchement, car elle hydrate bien le sein et permet de laisser le téton souple, ce qui aide à rapidement passer le cap des crevasses).
Malgré une belle courbe de poids pour mon ainée et une courbe difficile pour mon fils, on contrepartie de tous les efforts pour stimuler ma montée de lait, les pédiatres de mes 2 enfants m’ont demandé de completer leur alimentation et de choisir entre des compléments de lait maternisé ou bien de commencer la diversification alimentaire à leur 4 mois respectif. Pour chaqun de mes bébés, j’ai choisi de continuer l’allaitement et d’ajouter la diversification alimentaire. Je ne voulais pas nous accoutumer aux compléments qui auraient surement nuis à la stimulation de ma montée de lait et nous auraient fait définitivement abandonner l’allaitement.
Je tiens à mettre en lumière la fameuse courbe de poids que nous suivons précautionneusement tous car c’est une des principales raisons qui poussent les parents à abandonner leur projet d’allaitement. Cette courbe n’est qu’un indicateur mais quand on est maman pour la première fois on ne se fait pas forcément confiance et même quand on a déjà allaiter une première fois et que les difficultés pointes le bout de leur nez avec le deuxième enfant. C’est parfois même pire, car on pense fièrement savoir comment braver les difficultés grâce à l’expérience acquise et malgré tout, le parcours de l’allaitement peut être encore semé d’embuche.
Pour mon deuxième enfant, je n’avais pas autant de lait que pour ma première, et un sein donnait beaucoup moins de lait que l’autre. Pourquoi ? Aucune idée, ça a été une épreuve très frustrante car je n’avais pas eu ce problème avec mon ainée. Mais voilà « shit happens » ! Alors pour y voir plus clair, je suis allez voir une sage-femme spécialisée en lactation qui m’a beaucoup aidé et m’a gardé motivée. Car malgré un premier allaitement qui a duré 3ans et demi, la courbe de mon fils ne montait pas suffisamment et mon pédiatre s’inquiétait.
Au final mes 2 enfants ont toujours été au-dessus de la courbe de taille mais se situent en bas de la courbe de poids, ils sont tous les deux filiformes. En même temps, le papa et moi ne sommes pas très épais et à bien y réfléchir, il n’y avait pas lieu de trop s’inquiéter. Ils sont actifs, joueurs, dynamiques. Des enfants en bonne santé tout à fait normaux. Mais c’est plus fort que nous, quand il s’agit de nos enfants, les mœurs de notre société nous font douter de notre capacité à contenter naturellement et intuitivement nos propres enfants.
1. Les difficultés de l’allaitement
C’est en vivant toutes les épreuves de l’allaitement, qu’on comprend les mamans qui n’ont pas continué à allaiter. Ne vous attendez pas à être glorifié pour cet action, c’est un choix qui doit être fait selon vos convictions. Les difficultés ne sont pas des moindres, mieux vaut en parler ouvertement pour bien s’y préparer.
Le premier trimestre la mise en place de l’allaitement est un véritable défi physique.
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Les douleurs
La montée de lait arrive quelques jours après la naissance de bébé, on ne peut pas passer à côté d’une montée de lait sans la remarquée… les seins triples de volumes, deviennent chauds et douloureux. Si vous avez généralement une petite poitrine, là vous vous retrouvez du jour au lendemain avez les seins de Pamela Anderson. C’est aussi impressionnant qu’inconfortable. Les seins restent tendus environ 3 mois avant que notre corps s’adapte aux besoins spécifiques de notre bébé et produise du lait uniquement à la demande de ce dernier.
Les crevasses sont des petites écorchures au bout des tétons dues à la mauvaise sucions de bébé. Les premières semaines nos seins doivent s’assouplir et s’adapter à leur nouvel emploi… ils doivent s’habituer à être solliciter environ 30 minutes toutes les 3 heures (pour les mamans chanceuses), soit une moyenne de 360 heures de tétées rien que les 3 premiers mois. Ça calme hein ?
La poussée dentaire suffit à abroger la motivation de beaucoup de mamans. Vous avez traversée avec brio la montée de lait et les crevasses et voilà que bébé décide d’utiliser vos bouts de seins pour soulager la douleur de ces gencives. Il faudra lui expliquer calmement que les seins de maman ne sont pas en caoutchouc. Pour ma part, je n’ai pas résisté à hurler de douleurs 2 ou 3 fois.
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Les mœurs sociétales autour de l’allaitement
Les mamans allaitantes peuvent vivre une certaine pression « Pourquoi tu ne lui donne pas le biberon ? Papa pourra s’en occuper et tu ne seras pas aussi fatiguée la journée ? », « Peut-être que tu n’as pas assez de lait, bébé à l’air de ne pas être rassasié, tu devrais lui donner un complément le pauvre ! ». Je le dis dans mon dernier article, pour ne pas se sentir affligé par les réflexions, il faut garder en tête que les gens sont maladroits mais rarement malveillants.
Parfois l’envie d’abandonner peut venir à cause d’un employeur agacé par l’obligation de permettre à une maman allaitante ayant repris son activité d’extraire son lait durant ses heures de travail.
La durée de l’allaitement est parfois aussi un sujet de discorde dans notre société. Malgré les recommandations de l’OMS et de l’Unicef (références mondiales du milieu sanitaire) pour un allaitement exclusif de 6 mois et un allaitement mixte de 2 ans, la standardisation du lait infantile dans notre société remet souvent en question la nécessité de l’allaitement maternelle. Certains le voient même comme un choix malsain de la maman pour ne pas couper le cordon avec son enfant. (Ceux-là, vous avez le droit de les fusiller du regard s’ils vous font la réflexion.) Heureusement, en Polynésie Française l’allaitement est courant voir même encouragé dans les familles. Il n’est pas rare que les enfants soient allaités jusqu’à leur première rentrée d’école, voir même après pour certains.
L’impact de l’allaitement sur notre vie intime est aussi une épreuve à traverser. Au début de l’allaitement, la douleur et l’inconfort peuvent ne pas être bien vécu par notre partenaire frustré de voir notre poitrine augmenter sans pouvoir y toucher. De plus, donner le sein à son bébé est un moment exclusif entre la mère et l’enfant, une parenthèse fusionnelle qui exclut le père. Les papas qui soutiennent leur femme pendant l’allaitement méritent tout notre respect.
Il y a aussi la baisse de lactation. Elle peut être liée à la fatigue, à une mauvaise alimentation et/ou à du stress. Le lait est la source principale de l’alimentation de bébé la première année, il faut savoir tout mettre de côté et revenir à une bonne hygiène de vie pour que la lactation reprenne correctement, pour ne pas finir par arrêter son allaitement.
Après tout ça vous commencez enfin à trouver votre rythme. Les tétées deviennent régulières et vous prenez confiance en vous. Et puis soudainement, sans raison particulière, bébé à un besoin quasi insatiable de téter. Vous n’arrivez pas à satisfaire son appétit ni son besoin d’être dans vos bras. Rassurez-vous, c’est surement un pic de croissance. Ils sont tout à fait normaux et apparaissent en général entre le 7 et 10ème jour puis ils recommencent à 3 et 6 semaines, puis à 3, 6 et 12 mois, mais peuvent arriver un peu avant ou après selon les enfants. Les pics de croissances durent entre 24 et 72h, parfois plus. Ils correspondent à des périodes d’acquisition majeurs chez bébé et ne sont en aucun cas des caprices de sa part. Sur le plan de la lactation ces pics aident à augmenter la quantité de lait afin de s’adapter au nouveau besoin de l’enfant. Armez-vous de patience, ça ne va pas durer.
2. Les bienfaits de l’allaitement sur la santé
Le lait maternel est riche en ingrédients vivant et il est évolutif. Il contient notamment des cellules souches, des globules blancs et des bactéries bénéfiques, ainsi que d’autres composants bioactifs, tels que des anticorps, des enzymes et des hormones qui contribuent à combattre les infections et à prévenir les maladies il contribue à un développement sain. Par rapport aux nourrissons nourris au lait artificiel, les bébés allaités exclusivement sont deux fois moins sujets au syndrome de la mort subite du nourrisson (MSN ou mort subite).
Le professeur Peter Hartmann de l’université d’Australie-Occidentale, un expert international renommé en matière de lactation et d’allaitement explique que lorsque le bébé ou sa maman tombent malades, l’allaitement présente un merveilleux atout car les composants protecteurs du lait maternel augmentent. « Un bébé allaité récupère généralement plus rapidement qu’un bébé nourri au lait artificiel, car le corps de sa mère produit des anticorps spécifiquement conçus pour combattre l’infection dont il souffre. »
L’allaitement a aussi beaucoup de bienfaits sur la santé de la maman, diminution des risques du cancer du sein, l’ocytocine aiderait à diminuer le risque d’ostéoporose et l’allaitement diminuerai même les maladies cardiaques futurs.
Malgré tous les obstacles, l’allaitement est un accomplissement qui apportent énormément de bienfaits et de joie à l’enfant comme à la maman. C’est un acte sacré qui mérite notre dévouement et que nous ne regrettons jamais d’avoir vécu.
C’est pour toutes ces raisons que les mamans qui réussissent à poursuivre l’allaitement sont fières d’elles et se vantent sans retenus d’être des guerrières. C’est une victoire sur notre tolérance à la douleur.
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