La rentrée approche et, avec elle, une sensation nouvelle, celle de ne plus avancer en terrain totalement inconnu.
L’année dernière, tout était à découvrir, les méthodes, les rythmes, ce qui fonctionne pour Malia, ce qui convient davantage à Taaroa et, surtout, ce qui est réellement adapté à notre famille.
Cette année, nous abordons la rentrée avec une organisation plus solide. Elle n’est ni rigide ni définitive, mais elle est davantage réfléchie et structurée. Nous savons mieux où nous allons, tout en gardant la possibilité d’ajuster notre fonctionnement en cours de route.
C’est aussi cela, pour nous, l’instruction en famille, construire un cadre suffisamment stable pour accompagner les enfants, mais assez souple pour rester vivant et évoluer avec eux.
Ici je partage la manière dont nous préparons cette deuxième année d’IEF, autour de quatre grands axes qui nous semblent aussi importants que le programme scolaire lui-même.
1. Revenir à notre « pourquoi » et mesurer ce que l’IEF implique réellement
Avant de parler de méthodes, de supports pédagogiques ou d’emploi du temps, nous prenons le temps de nous reposer une question essentielle.Pourquoi avons-nous choisi l’instruction en famille ? Il ne s’agit pas simplement de répéter une réponse toute faite, mais de revenir à nos motivations profondes.
Pour nous, l’objectif est d’offrir à Malia et Taaroa un cadre serein et bienveillant, de respecter leur rythme d’apprentissage et leur niveau d’acquisition, mais aussi de pouvoir adapter notre pédagogie à leurs besoins, plutôt que de leur demander de s’adapter constamment à un fonctionnement unique.
Cependant, l’IEF n’est pas seulement une philosophie éducative. C’est également un choix très concret, qui engage toute la famille.
Elle demande du temps, des matinées organisées, une préparation régulière, le suivi des apprentissages, la mise à jour des cahiers et des portfolios, ainsi qu’une réflexion constante sur ce qui fonctionne ou doit être ajusté.
Elle peut également nécessiter certains choix financiers, que ce soit dans notre organisation professionnelle ou dans l’achat des supports, du matériel pédagogique et des activités complémentaires.
Cette année, nous avons donc pris le temps de poser honnêtement nos besoins et nos limites :
- Combien de temps pouvons-nous consacrer à l’IEF sans nous épuiser ?
- Quel budget pouvons-nous y allouer sereinement ?
- Que sommes-nous prêts à réorganiser ou à mettre temporairement entre parenthèses ?
- De quoi avons-nous besoin pour rester constants sur toute l’année ?
Cette réflexion nous paraît indispensable. Une organisation réaliste, construite en tenant compte des limites de chacun, nous semble plus durable qu’un programme trop ambitieux qui risquerait de devenir difficile à maintenir au fil des mois.
2. Construire notre approche éducative au-delà des apprentissages fondamentaux
Les programmes adaptés à la Polynésie française, les compétences attendues et les objectifs de fin de cycle constituent naturellement notre cadre de référence. Nous les prenons au sérieux afin de garantir à nos enfants une progression cohérente et l’acquisition de bases solides. Mais l’instruction en famille nous donne également la possibilité d’enrichir ce cadre avec des apprentissages qui nous tiennent particulièrement à cœur.
Dans notre famille, cela passe notamment par une place importante accordée à notre histoire : le reo tahiti, les légendes, les fêtes et événements locaux, ainsi que des projets consacrés à notre environnement, à notre histoire et à notre patrimoine. Dans la mesure de nos humbles connaissances, qui se construisent et s’enrichissent au fur et à mesure de l’instruction de nos enfants, mais aussi de la nôtre.
Nous souhaitons aussi trouver un équilibre entre une pédagogie structurée et des apprentissages plus vivants. Le français et les mathématiques nécessitent de la régularité, de la progression et une certaine rigueur. Mais les enfants apprennent également beaucoup par la manipulation, le jeu, l’observation, les projets concrets, les expériences et les sorties.
Notre objectif n’est donc pas seulement qu’ils atteignent les compétences attendues pour leur niveau. Nous souhaitons également préserver leur curiosité, renforcer leur confiance en eux et leur permettre de mieux comprendre l’environnement culturel et naturel dans lequel ils grandissent.
3. Donner une vraie place à la socialisation, au civisme et à l’activité physique
La socialisation est probablement l’un des sujets qui revient le plus souvent lorsque l’on parle d’instruction en famille. C’est une question légitime, que nous intégrons pleinement à notre organisation. Pour nous, les activités extérieures ne sont pas de simples compléments ajoutés lorsque nous avons du temps. Elles font partie intégrante du projet éducatif.
Les activités sportives gymnastique, judo, golf, équitation ou natation selon les périodes permettent aux enfants de bouger, de développer leur motricité, mais aussi d’apprendre à respecter des règles, à fournir un effort, à persévérer et à évoluer au sein d’un groupe.
Les rencontres et sorties organisées avec d’autres familles pratiquant l’IEF leur offrent également l’occasion de partager des activités avec des enfants d’âges différents.
Les visites à la bibliothèque, au musée, au marché, ainsi que les sorties sur des sites culturels ou naturels, permettent quant à elles de multiplier les échanges avec d’autres enfants et avec des adultes, dans des contextes variés.
Le civisme se construit aussi à travers les gestes du quotidien : participer à la vie familiale, prendre soin de son matériel, aider son frère ou sa sœur, patienter, coopérer lors d’un jeu de société, écouter les autres et apprendre à exprimer son désaccord avec respect. Les enfants participent également aux courses en aidant maman à charger et à décharger les sacs. Malia est chargée de lire sa liste de courses, puis de repérer et de récupérer les produits qui y figurent.
Ces apprentissages peuvent sembler simples, mais ils contribuent concrètement à apprendre aux enfants à vivre avec les autres et à trouver leur place dans un groupe.
4. Aborder le contrôle de la DGEE plus sereinement et trouver notre posture de parent accompagnant
Le contrôle pédagogique de la DGEE peut être une source d’appréhension lorsque l’on ne l’a encore jamais vécu.
Notre première expérience nous a permis de l’aborder autrement. Nous ne le voyons plus uniquement comme un examen à redouter, mais comme un temps d’échange permettant de présenter notre travail, de constater les progrès des enfants et d’identifier les points qui peuvent encore être renforcés.
Comme pour l’année dernière Notre meilleure préparation consistera à assurer un suivi régulier tout au long de l’année, plutôt qu’à essayer de tout rassembler au dernier moment.
Nous conservons notamment :
- des cahiers datés ;
- un portfolio pour chaque enfant ;
- des exemples de travaux et de projets ;
- les supports utilisés ;
- un journal de bord des apprentissages ;
- des observations sur les réussites, les difficultés et les ajustements réalisés.
Grâce à cette régularité, le contrôle devient plus facile à présenter : nous n’avons pas besoin de reconstruire notre année après coup, mais simplement d’expliquer notre démarche et de montrer son évolution.
Il reste également à trouver un équilibre dans cette double posture : être à la fois le parent et la personne qui accompagne les apprentissages.
Au cours de notre première année, nous avons compris qu’il était important de distinguer les temps consacrés au travail scolaire des moments où nous redevenons simplement une famille.
La routine joue ici un rôle précieux. Elle rassure les enfants, les aide à se repérer dans la journée et limite les négociations permanentes. Mais cette routine ne doit pas devenir une contrainte rigide.
Certaines journées sont plus productives que d’autres. Un enfant peut avoir besoin de davantage de temps sur une notion, tandis qu’un projet imprévu peut devenir une formidable occasion d’apprentissage.
Cette année, nous abordons donc notre rôle avec davantage de confiance. Nous savons que nous n’avons pas besoin d’être parfaits. Nous devons surtout être présents, cohérents, attentifs et capables de remettre en question ce qui ne fonctionne pas.
Une deuxième année construite sur l’expérience
Cette deuxième année d’instruction en famille commence donc avec une base plus solide, un cadre plus clair et une meilleure connaissance de nos enfants comme de notre propre fonctionnement.
Nous avons préparé davantage de choses en amont, tout en gardant à l’esprit que notre organisation évoluera probablement au fil de l’année.
Notre intention, elle, reste la même : faire de l’instruction en famille un espace de confiance, de découverte et de plaisir d’apprendre, pour nos enfants comme pour nous.
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